Editoriaux

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S’il y a un débat qui agite les amoureux de musique ancienne depuis maintenant quelques années, c’est bien celui de la prononciation. En effet si la question n’est pas nouvelle, elle attise cependant largement la curiosité de chacun et reste amplement d’actualité, méritant qu’on lui accorde quelques lignes…
Je vous propose donc d’en faire rapidement le tour, dans un premier temps avec ceux qui soutiennent la théorie d’une prononciation dite « restituée », puis avec ceux qui la souhaitent « moderne ». La discussion reste ouverte !
« Pour » Première partie
Pour commencer, la prononciation restituée avance pour sa défense les textes, les écrits, les règles en vigueur à l’époque baroque. Il est en effet exact de remarquer que l’on ne parle pas à ses proches comme en public, à la ville comme sur scène, etc.
Egalement sur cette même scène il faut distinguer le Comique du Sérieux. Si le premier mettra en avant des personnages parfois issus de milieux simples dont la gestuelle et les mots seront donc adaptés à leur catégorie socio-professionnelle, il en sera de même, en toute logique, pour le second, avec des personnes nobles ou d’un rang social plus élevé. Tout comme il semble évident qu’un valet ou un bourgeois utilise plus volontiers la prose qu’un roi ou qu’un héros, plus versés dans la rime, les premiers parleront, les suivants déclameront.
Quant aux références aux règles de l'énonciation… elles ne manquent pas à notre génération d’artistes baroques. Il y a par exemple une grande polémique autour de la prononciation du « e », en partie résolue par M. de Lancelot, un des Auteurs de la très fameuse Grammaire de Port-Royal qui dit dans son ouvrage sur la Poësie françoise : « il y a toûjours une syllabe de plus dans les vers que l’on appelle Féminins que dans les Masculins […] à cause de cet e Féminin qui ne se prononce presque point ».
La prononciation restituée prend donc ainsi le parti d’opter pour un « e » en demi-son, sans accent, discret mais présent. Côté consonnes, cela se complique légèrement, en particulier quant au « s » du pluriel et au « r » de l’infinitif, tantôt prononcés, car non explicites par la phrase dans laquelle ils sont placés, ou différemment codés dans certains lieux, parfois pas, pour des raisons de lourdeur ou de sonorité, d’esthétique.
Mais de manière générale, la prononciation restituée, ou à l’ancienne, doit aider par ces mêmes règles à une bonne prononciation du vers. Et c’est en se basant sur ce dernier que les règles prendront leur véritable sens. Selon Lully lui-même (comme on le sait très attaché au rythme… !), il est essentiel de marquer le vers, de le mettre en valeur avec sa césure, qu’il y ait d’ailleurs rejet ou enjambement. Ici la prononciation fait partie intégrante de la poétique, elle est sa dynamique.
Les défenseurs de la prononciation restituée argumentent qu’elle est très aisée à chanter car elle cisèle le texte et incite le chanteur à jouer davantage avec les mots, car elle permet de retrouver la matière de la voix, un son naturel, plus souple car plus en phase avec l’écrit original.
C’est ainsi que ce type de prononciation s’invite depuis maintenant quelques années dans les lieux de concerts, et fait parfois salle comble à guichets fermés s’il vous plaît ! Engouement passager, effet de mode bourgeoise, éveil puritain… ou réel bonheur de découvrir enfin des interprétations en plein accord avec elles-mêmes, énergisantes, plus vivantes que jamais ?
Ce qui est certain c’est que le ton est donné, ce type de prononciation existe et existera, et si on la trouve lourde ou ridicule, il ne reste plus qu’à se faire rééduquer l’oreille… ou changer de CD.
Coralie Welcomme